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Bonjour Nicolas et Ludovic.

Vous êtes les fondateurs du site avenuedesinvestisseurs.fr.

En peu de temps, Avenue des Investisseurs est devenu une référence sur le marché français pour ceux qui souhaitent s’informer sur les produits d’épargne et d’investissement.

Vous proposez à la fois des ressources essentielles pour investir de manière informée (guide de l’épargne) et une mine d’informations relatives aux différentes enveloppes fiscales françaises d’investissement comme le PEA, l’assurance-vie, les SCPI, le PER, etc.

Merci de m’avoir accordé cette interview.

1. Sur Avenue des Investisseurs, vous abordez des sujets variés, allant des placements en actions, à l’investissement immobilier en passant par des descriptifs complets des différentes enveloppes fiscales qui font la spécificité du marché français. Pouvez-vous expliquer l’objectif de votre site et ce qui vous différencie de la plupart des autres sites liés à l’investissement ?

Notre site vise à relever le niveau des Français en matière d’éducation financière.

Nous sommes les cancres de l’Europe selon les études…du moins parmi les derniers de la classe !

On essaie d’améliorer cela, à notre modeste niveau.

Ainsi, ceux qui cherchent à mieux placer et investir ont de bonnes chances de tomber sur notre site.

Assurance vie, bourse, immobilier…nous donnons nos bonnes pratiques de gestion «bon père de famille ».

Nous avons beaucoup appris depuis plus de 10 ans en autodidacte, et nous avons ressenti le besoin de partager au plus grand nombre donc nous avons créé avenuedesinvestisseurs.fr en 2018.

Au début nous ne pensions pas en faire autant (plus de 150 articles maintenant), et finalement, devant les encouragements des lecteurs, cela motive à continuer !

Je pense que ce qui nous différencie de beaucoup de sites sur la finance personnelle, c’est notre pédagogie.

Nous lions toujours la théorie à la pratique, avec de vrais guides et un parcours de l’épargnant.

Les gens peuvent commencer de 0 et apprendre progressivement.

A notre grande satisfaction, beaucoup de lecteurs nous disent qu’ils sont heureux d’enfin comprendre le sujet et certains finissent même par se découvrir une passion !

2. Que proposez-vous au particulier qui souhaite aller de l’avant et investir son épargne ? Proposez-vous des formations ou des coachings ? Avez-vous reçu des demandes en ce sens ?

Les lecteurs arrivent globalement à être autonomes, à passer à l’action sans nous solliciter.

Une fois qu’ils ont bien parcouru le site, ils ont emmagasiné beaucoup de connaissances et mettent en place la construction de leur allocation patrimoniale : fonds euro en assurance vie, actions en PEA, compte-titres et/ou assurance vie, immobilier physique ou pierre-papier, etc.

Ceci dit, nous avons régulièrement des lecteurs qui nous demandent si on peut les former / coacher.

Donc c’est un service (qui serait facturé à l’heure de formation) que l’on pourrait développer ultérieurement…si on arrive à se trouver du temps !

Et quand des lecteurs nous demandent du conseil personnalisé, on oriente vers un professionnel.

C’est un ami conseiller en gestion de patrimoine, très compétent et objectif, qui ne cherche pas à placer ses produits mais à optimiser le patrimoine de ses clients d’un point de vue financier, juridique et fiscal.

Donc de notre côté, on s’en tient pour l’instant à l’éducation financière générale, sous le format écrit.

3. L’Asie, tirée par la Chine et Taiwan, est en train de devenir une véritable force économique mondiale. J’en veux pour preuve le plus grand accord commercial au monde qui vient d’être signé par 15 pays de la zone Asie Pacifique. Quelle place donnez-vous aux investissements en actions et obligations des pays émergents ?

L'Asie crée le plus grand accord commercial au monde

On parle ici d’allocation patrimoniale : quelle part en actions, obligations, immobilier…dans son patrimoine.

L’Asie a clairement un grand poids économique dans le monde, un poids croissant, avec un PIB en forte hausse.

Et des sociétés très intéressantes : Samsung, Tencent, Alibaba, etc.

Donc on peut être tenté d’y réserver une place dans son allocation actions.

Malheureusement, concernant la Chine notamment, beaucoup de sociétés ne sont pas cotées en bourse.

Il n’est pas évident de se positionner sur l’économie chinoise.

On a l’habitude de recommander d’investir sur l’indice MSCI World (via les trackers). Cet indice n’est pas investi sur l’Asie hors Japon.

Est-ce un problème ?

Pas tant que cela, car la croissance asiatique bénéficie aux entreprises qui composent le MSCI World.

Les investisseurs souhaitant absolument une exposition directe à l’Asie pourront ajouter une ligne supplémentaire dans leur portefeuille.

Les investisseurs peuvent par exemple allouer 5 % de leur portefeuille dans un fonds en actions sur l’Asie (loin de leur poids de 30 % dans le PIB mondial).

Dans un souci de simplicité, les investisseurs peuvent également troquer le MSCI World pour le MSCI ACWI (All Country World Index), lequel inclut notamment les grosses valeurs cotées chinoises (un peu plus de 5 % de l’indice).

Pour le marché des obligations, en France nous avons le fonds euro qui présente un bon profil rendement / risque.

C’est une bonne part de l’allocation en obligations.

Marginalement, on peut ajouter des obligations high Yield (plus risquées mais meilleure espérance de rendement) européennes, américaines et asiatiques.

4. Quelle est votre utilisation des médias financiers traditionnels ? Les actualités et les analyses des experts influencent-elles vos décisions d’investissement ?

Pas du tout.

Nous sommes peu consommateurs des médias.

Pour nous, c’est du « bruit » ambiant.

Les « experts » sont bien souvent des journalistes qui n’ont jamais investi.

Des théoriciens et non des praticiens.

Et le but est de s’agiter, de faire de l’audience, de jouer sur les émotions des gens.

Beaucoup d’informations anxiogènes ou au contraire trop rêveuses, avec un règne de l’immédiateté.

On est généralement dans le divertissement et ça ne doit pas nous influencer.

En tant qu’investisseurs long terme (que ce soit en bourse ou en immobilier), on essaie de s’isoler du « bruit » et de prendre du recul.

On doit rester pragmatiques.

On est plutôt vigilants sur les tendances de fond.

Par exemple les Quantitative Easing des banques centrales, qui ont un effet inflationniste sur les actifs, ce qui a pour effet de renforcer notre conviction sur l’investissement en actions et en immobilier. « Don’t fight the FED ».

Sans céder à l’euphorie ou à la panique d’évènements ponctuels.

5. Dans un récent article dédié à l’effet de levier, je déconseillais à mes lecteurs l’utilisation d’options et de warrants dans le cadre de leurs placements. Surtout en raison de la complexité de la valorisation de ces produits.

Qu’en pensez-vous ? Vous arrive-t-il d’utiliser des produits dérivés ?

Avec Ludovic, on s’est déjà essayés aux produits dérivés.

Expérience non concluante 😊

Très stressant et trop « casse-gueule ».

Ici, on est plus dans l’esprit « jouer en bourse » que notre esprit « investir en bourse ».

On préfère les trackers/ETF, qui reposent aussi parfois sur des produits dérivés (je pense en particulier aux ETF synthétiques), mais à classer en catégorie « bon père de famille » !

Car ils permettent de diversifier facilement, sans levier, sur des centaines d’actions et de battre la grande majorité des « joueurs en bourse ».

Des produits à privilégier que l’on soit un débutant ou un investisseur chevronné.

Donc on est d’accord, on déconseille aussi les warrants / options… et autres produits financiers exotiques, difficiles à maitriser et trop hasardeux !

6. Je vois régulièrement des chaines YouTube ou des blogs d’indépendance financière conseiller d’investir en actions à dividendes. L’idée est de dire qu’il suffirait d’acheter des actions solides qui distribuent un dividende stable et pérenne pour faire croitre son patrimoine à la force des intérêts composés.

Qu’en pensez-vous ?

On le constate aussi régulièrement et c’est aussi ce que beaucoup de lecteurs ont en tête.

On le déplore…c’est une légende qui a la vie dure !

Du moins, c’est sous-optimal. En phase de développement du patrimoine (et non de rente), il vaut mieux investir en valeur de croissance et non de rendement.

On vise la capitalisation (par exemple avec des trackers capitalisant) plutôt que la rente (avec des trackers distribuant). Ainsi il y a moins de friction fiscale.

Et puis les sociétés qui distribuent des dividendes sont rarement les plus prometteuses.

Ce sont plutôt les vieux business qui ne savent plus quoi faire des bénéfices et donc les redistribuent aux actionnaires sous forme de dividendes, plutôt que d’investir dans des nouveaux projets avec de bons ROI (retours sur investissement).

En France, il y a par exemple Solocal qui était appréciée par ceux qui aiment les dividendes, je vous laisse voir la chute du titre… 

Solocal graphique d'une société à dividendes

A contrario, les GAFAM ont des croissances folles et ont un rendement sur dividende très faible (mais ont généré d’énormes plus-values).

Bref, les débutants font souvent l’erreur d’être obsédés par les dividendes.

Mais ce qui fait croitre le patrimoine, c’est surtout la valorisation des titres.

Ensuite, en phase de rente (à la retraite), on peut envisager davantage les actions à dividende et surtout les ETF distribuant.

7. Depuis près de 20 ans, Standard & Poor’s calcule et met en avant la sous-performance quasiment systématique des fonds de placements gérés activement (c’est-à-dire la plupart des fonds de placements, à l’exception notable des ETF). Ainsi, sur 10 ans, 90 % des fonds classiques sous-performent l’indice qu’ils essaient de battre.

Au vu de ces résultats, je me pose la question suivante concernant la gestion active: « si des professionnels obtiennent cette performance-là, le particulier doit-il encore envisager de gérer ne fusse qu’une partie de son portefeuille de façon active ? Je pense non seulement à l’achat de fonds gérés activement mais aussi aux achats d’une sélection de titres individuels ». 

Sous-performance des fonds gérés activement
Source : Standard & Poor’s SPIVA Year-End 2019Pourcentage de fonds gérés activement qui ont été battus par leur benchmark / indice de référence

Oui, l’étude SPIVA est très éloquente, c’est aussi notre référence !

Quand on est pragmatiques, il faut en tirer la conclusion qu’on doit privilégier l’investissement en ETF.

C’est le choix qu’on a fait.

Nous sommes des partisans de l’investissement passif en trackers et c’est ce que nous recommandons à nos lecteurs.

Aussi bien pour les débutants que pour les plus expérimentés.

Donc pour le marché actions, nous recommandons d’investir au moins 90 % en ETF, et éventuellement jusqu’à 10 % en fonds actifs et titres vifs pour ceux qui veulent un « bac à sable ».

D’ailleurs, beaucoup sont tentés de multiplier les ETF, mais là encore la simplicité a du bon : on trouve que pour un portefeuille « modeste » de moins de 100.000 euros, un tracker/ETF World peut très bien faire l’affaire.

En effet, cela permet de diversifier en une ligne sur plus de 1600 sociétés des pays développés.

Au-delà, on peut diversifier les émetteurs et découper en ETF S&P500, Europe, Japon…et éventuellement ajouter une pincée d’émergents.

8. J’ai vu sur avenuedesinvestisseurs.fr que les meilleurs fonds euro des assurances-vie françaises ont rapporté 2,40 % en 2019. J’avais pourtant compris que les fonds euros sont composés d’obligations d’Etat à faible risque.

Comment est-il possible d’obtenir un tel rendement alors que les obligations d’Etat français rapportent actuellement -0,33% et qu’il faut remonter à début 2014 pour trouver une obligation d’Etat français rapportant du 2,40% ?

Pour un français, y-a-t-il aujourd’hui le moindre intérêt à acheter des obligations hors Fonds Euro d’une assurance-vie ?

Vous avez bien compris.

Les fonds euros sont investis en obligations d’Etats et de sociétés de qualité IG (Investment Grade) et, de façon marginale, en actions et immobilier.

Donc des obligations réputées très sûres et à taux très faible actuellement.

Alors comment était-ce possible en 2019 de servir 2,40 % de rendement sur les meilleurs fonds euros ?

Taux de rendement des obligations d'Etat français

Il faut savoir que les assureurs qui gèrent les fonds euros ont encore en stock des obligations qui rémunéraient plus de 3 %.

C’est ce qui permet de soutenir le rendement.

Ceci dit ces obligations « ancestrales » s’épuisent et sont progressivement remplacées par des obligations à taux proche de 0%, donc les rendements des fonds euros baissent depuis des années et tendent vers 0%.

Ainsi, bien vu, pour les Français l’investissement en obligations va se faire surtout via les fonds euros en assurance vie (ou en Plan d’épargne retraite).

Car l’équivalent (les fonds obligataires Investment Grade) rapporte bien moins et en plus le fonds euro est garanti en capital par les assureurs (pas de risque de moins-value).

C’est un peu notre produit miracle, mais les Français ont du mal à s’en rendre compte.

Normalement, dans notre contexte de taux bas, les placements sans risques rapportent pas loin de 0%, donc le fonds euro est un ovni.

9. Pour clôturer cette interview, un petit mot sur la vague des investissements ESG : ces fonds qui prennent en compte des critères Economiques, Sociaux et de Gouvernance dans la sélection des titres détenus en portefeuille.

De mon point de vue, plutôt que de dire que ces fonds sont éthiques, je les définirais plutôt comme « n’étant pas non-éthiques ». En effet, ils se limitent souvent à simplement exclure des secteurs jugés non-éthiques. Ceci amène de grands indices ESG à détenir des actions Amazon, Procter & Gamble et autres.

Pour un investisseur qui voudrait aller plus loin en termes ESG, les solutions ne sont-elles pas plutôt hors Bourse : crowdfunding de projets sociaux ou écologiques, investissements en parcelles de forêts, etc ?

Nous sommes en phase sur ce point aussi.

Beaucoup de marketing autour de l’Investissement Socialement Responsable (ISR).

Cela donne bonne conscience à certains épargnants qui n’osaient pas investir pour des raisons éthiques.

Mais en creusant les sous-jacents de ces fonds, ils auraient des surprises…

Effectivement, si on veut investir avec une teinte ISR / ESG, il y a des solutions plus « pures ».

Sur Avenuedesinvestisseurs, nous présentons plusieurs pistes :

  • le crowdlending dans des projets d’énergie renouvelable (construction de centrales solaires, parcs éoliens…). Cela revient à prêter contre des intérêts (autour de 5 % par an) pour directement financer ces projets ;
  • le crowdfunding dans des projets agricoles (élevage, horticulture…) contre intérêts ou contre rémunération en nature (pots de miel, fromage,…) ;
  • l’investissement en groupement forestier (GFI). Ainsi on devient associé d’un parc qui peut compter des dizaines de forêts sur plusieurs régions. Le rendement annuel est faible (autour de 1,50 % en fonction de la coupe du bois et de la revalorisation de l’hectare) mais il y a une défiscalisation. Et surtout on contribue à l’entretien des forêts, au reboisement et au maintien de la biodiversité. Une belle manière de joindre l’utile à l’agréable !

Un grand merci à vous, Nicolas et Ludovic, d’avoir partagé votre point de vue sur ces questions.

Et au plaisir de rééchanger sur les sujets liés aux placements financiers et à la mise sur pieds d’un patrimoine diversifié et bien équilibré !

Lien vers Avenue des Investisseurs : avenuedesinvestisseurs.fr

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  1. Merci Christophe, tres beaux articles et bien écrits
    Quel ETF Asie pourrais tu conseiller ?
    A très bientôt
    Michael

    1. Il faut savoir qu'on divise généralement l'Asie en deux : le Japon qui est un pays développé avec une monnaie forte et le reste qui sont des pays dits en développement avec des monnaies faibles (à l'exception du Yuan qui monte en puissance). Cette distinction se retrouve dans les ETF disponibles. Je trouve qu'un ETF Japon exposé en Yen est une bonne diversification car le Yen est connu pour bien résister en temps de crise. Mais j'imagine que tu parlais plutôt de la Chine ? Ou toute l'Asie ex Japan ?

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